La dépression a t-elle un sens ?

Dépression chronique, mélancolie, bipolarité, crise existentielle, crise spirituelle, nuit noire de l’âme, perte de sens… On nous parle d’en guérir, d’en sortir. Comment faire lorsque les états dépressifs semblent coller à la peau sans raison ? Lorsqu’ils semblent resurgir inlassablement ? Dans cet article, j’ai souhaité partager mon témoignage ainsi que quelques clés pour aider ceux qui, comme vous peut-être, sont concernés.

Vous est-il déjà arrivé de croire qu’avec les épreuves que vous avez déjà traversé, les nombreuses prises de conscience, les expériences d’éveil et les transformations que avez déjà vécu, vous étiez désormais quelqu’un de suffisamment expérimenté pour ne plus vivre certaines difficultés ?

Moi oui. Et je ne suis pas le seul. Seulement, la plupart n’ose pas l’avouer. Nous sommes bien peu de choses dans notre présomption à nous croire suffisamment sage ou suffisamment fort.

Combien d’entre nous se découragent secrètement en se comparant à ces personnalités qui, sûres d’elles et le visage rayonnant, braquent les projecteurs sur le bonheur, la réussite, l’abondance, le succès, l’éveil et l’épanouissement ? Nous nous montrons au grand jour quand nous surfons sur nos convictions, mais nous nous cachons quand nous perdons nos bases et nos repères.

1. Reconnaître et admettre son état

Je le vois bien… je le sens… mon visage reflète l’absence de tout désir, de toute joie. L’énergie est basse, les pensées sont confuses, oscillant entre le vide et l’agitation. Rien n’a plus de sens. Il me semble n’avoir qu’une envie, m’isoler, fermer les yeux, me recroqueviller dans un coin. Je n’ai goût à rien, aucun élan à agir, le sentiment profond d’être inutile. Je suis désespérément en quête d’un ancrage, d’un appui qui me permette de retrouver le sens. Le sens de ce qui fait ma raison d’être, ici, maintenant.

Parfois, j’ai la sensation qu’on appuie quelque part dans ma tête. Ca m’éteint, ça m’assomme. La concentration devient difficile. Suivre une simple discussion me demande un effort… anormal. Voilà bien le mot, anormal. C’est comme ça que je me sens. Alors ça discute à l’intérieur : « Tu dois avoir un gros problème ! – Mais non, mais non, ressaisis-toi. – Mais quand même, ça revient encore et encore, depuis toutes ces années ! – Des années ? Quand même pas ! – Je dois être bipolaire c’est obligé… ou alors j’ai une tumeur… ou un grave problème de santé. – Non et non ! Tout ça, ce ne sont que des excuses pour ne pas te prendre en main et te ressaisir. Regarde d’abord, as-tu bien dormi ? – Arrête, tu te voiles la face. Tu es fatigué sans raison, épuisé, découragé, irrité, tu tournes en rond. »

La dépression est généralement vécue comme un état chronique d’abattement, de découragement, de perte d’énergie et de profonde lassitude. On y associe différents symptômes :

  • Tristesse, idées noires, impression de voir sa vie en noir et blanc
  • Perte d’intérêt dans les activités que l’on apprécie
  • Trouble du sommeil, hypersomnie ou insomnie
  • Changement de comportement alimentaire
  • Fatigue chronique, baisse d’énergie
  • Baisse de l’estime de soi, fort sentiment de culpabilité
  • Grande difficulté pour se concentrer
  • Irritabilité
  • Profonde solitude
  • Pour certains, des pensées suicidaires peuvent émerger.

Ce qui est déroutant avec la dépression, c’est qu’elle semble parfois n’avoir aucune cause, ou que celle-ci semble toujours se dérober quand on croit l’avoir enfin identifié. Vous vous réveillez un matin comme ça et la vie est noire, fade, sans goût. Le lendemain le contraire peut se présenter et c’est le cœur en joie que vous vous levez, plein d’entrain, pour replonger quelques instants plus tard dans l’obscurité… Le désespoir et l’absence totale de joie persistent ensuite sur des périodes plus ou moins longues.

C’est parce que nous refusons d’admettre ce qui est que nous restons généralement désemparé. Pour certaines personnes il est facile de dire et reconnaître « Je traverse une dépression ». Pour d’autres, comme ce fut mon cas, c’est moins évident. L’ego s’en mêle et on est trop occupé à nier ou lutter contre notre état pour admettre la réalité. Mais cela ne fait que générer une tension intérieure et une confusion encore plus grandes. La première chose à faire consiste à admettre pleinement la réalité et à poser les mots dessus.

Posez-vous sincèrement la question  : « Si tu es tout à fait honnête maintenant. Comment te sens-tu ? » Puis laissez s’exprimer la première voix qui parle en vous. Vous pouvez verbaliser à haute voix ce que vous traversez ou mieux, l’écrire. Entendre ou écrire ce qui se vit à l’intérieur permet de le poser hors de soi et de ne plus se confondre avec. Laissez vos émotions se vivre. Ecroulez-vous s’il le faut. Pour cette fois, abandonnez toute résistance.

2. Ralentir, méditer, prier

La dépression ne s’invite pas n’importe quand dans notre vie. Elle se manifeste dans des périodes de transition majeure de conscience dans lesquelles les repères solides et les bases soi-disant inébranlables qui nous servent d’appui s’effondrent. Des périodes suffisamment longues pour que le doute et la perte de sens paraissent omniprésents. Initiatique, elle véhicule toujours un message et laisse place à l’opportunité d’une élévation de conscience. Se pourrait-il que la dépression soit un appel intérieur, un sursaut éloquent de l’esprit ? Un appel à entrer en soi pour ouvrir son cœur à de nouveaux enseignements ou à un message que nous ne voulons pas entendre ? Dans tous les cas, elle nous invite à un ralentissement, à un retour à l’intériorité, à la méditation, propice à la réceptivité intuitive et l’ouverture d’esprit.

D’après différentes études, la pratique de la méditation a fait ses preuves auprès des personnes souffrant de dépression. Ce n’est pas étonnant. La méditation est l’opportunité chaque fois renouvelée de retrouver l’équilibre intérieur et de se rencontrer en esprit, c’est-à-dire de toucher l’espace de conscience dans lequel nous goûtons à l’essence de qui nous sommes, au-delà des pensées, des émotions et des sensations superficielles. C’est une rencontre avec soi-même. Se rencontrer soi-même, c’est oser s’accueillir tel que l’on est dans l’état présent. C’est revenir à soi, prendre le temps de considérer ce qui est présent, et entrer dans cet espace, au cœur de soi, d’où jaillit la lumière. Une lumière qui ne connaît pas les ténèbres. Une lumière si naturelle, si proche de soi que nous ne la « voyons » pas. Et pour cause, elle irradie depuis l’essence même de notre être, nourrie par l’Amour et la Force vivante de Dieu.

Cet espace est en chacun de nous. Le rejoindre ne demande aucun autre effort que de se déposer en soi-même, et de laisser vivre ce qui est, tel que c’est, sans chercher à l’analyser, le changer, ni même l’accepter. C’est un espace de rencontre, un espace d’accueil, vaste, immensément vaste, devant lequel pourrait être écrit : « Soyez le bienvenu. Ici vous ne craignez rien, vous êtes en sécurité. Car ici, tout ce qui est dit, tout ce qui est vu, tout ce qui est ressenti, est reçu dans la lumière, accueilli dans un écrin d’amour. Un amour authentique qui ne juge pas, qui ne condamne pas celui qui a le courage d’épancher son cœur. Ici, celui qui se livre avec sincérité, est récompensé par la paix. »

Par la méditation ou la prière, nous ouvrons un espace ressource, même s’il n’est que temporaire, dans lequel nous pouvons nous déposer, nous confier à la Vie, à Dieu.

3. Demander de l’aide

Il y a quelques jours, l’injonction « Laisse-toi aider » m’a été soufflée en esprit, répétée de nombreuses fois comme un mantra.

Bien sûr nous pouvons demander de l’aide dans la réalité tangible, en faisant appel à un thérapeute, un accompagnant ou toute autre personne que l’on sent en mesure de nous aider. Mais c’est d’une autre aide que j’aimerais parler ici.

Personnellement, j’ai cru pendant de nombreuses années que tout se jouait entre moi et moi-même. Cela ne fait pas si longtemps que j’ai pris l’habitude de m’en remettre à plus grand que moi…

L’ego se relâche, il a lutté en vain…
Subitement je me retrouve face à l’évidence :
je n’y arriverai pas seul.
Alors je m’isole… et je m’incline.
Je me sens petit
Mais ce sentiment m’élève.
A mesure que l’humilité s’impose,
une étrange plénitude s’installe.
Dans le recueillement, je me sens poussé dans cet espace qui offre une liaison avec le Ciel.
Les armes de l’ignorance et de la présomption sont jetées et, libéré de ce fardeau, l’esprit s’élève.
Ce n’est qu’alors que je mesure combien je m’étais égaré.

Les mots ne sont pas nécessaires pour prier et demander de l’aide, mais ils peuvent aider à lâcher-prise et ouvrir son cœurVous vous tournez vers Dieu, vers la Lumière, et lancez un appel à vos guides, là-haut : « Montrez-moi, aidez-moi à… y voir clair sur l’expérience que je vis… identifier le prochain pas à faire… reconnaître vers qui me tourner… trouver la force et l’énergie d’avancer…  comprendre ce que j’ai à comprendre… retrouver la lumière sur le chemin… »

Vous sentirez votre requête vibrer si elle est demandée avec une profonde sincérité et humilité. On ne s’adresse pas aux dimensions supérieures avec l’exigence de l’intellect, mais avec la simplicité du cœur, à la fois digne et humble. Si votre demande est authentique, vous pourriez sentir naturellement un profond sentiment de gratitude et la nécessité d’élever en prière des remerciements pour cette expérience spirituelle, aussi simple soit-elle.

Parfois des réponses intelligibles nous parviennent intuitivement « en direct ». D’autres fois, elles apparaissent dans notre quotidien. Restez ouvert aux signes de la vie, un coup de fil, une rencontre, un conseil d’ami, une phrase qui résonne singulièrement au hasard d’une lecture…

Demandez, et l'on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe.

4. Structurer son quotidien

Ne nous méprenons pas. La Vie est Mouvement et il ne s’agit pas de se réfugier en soi-même en espérant que quelque chose change miraculeusement. Quand l’horizon semble désespérément voilé de noir, quand de sombres énergies semblent toutes puissantes, quand la vie semble ne plus avoir de saveur, cela doit doublement réveiller en nous l’impulsion vivante de ne pas nous laisser aller.

Nous sommes bien plus qu’un corps malade, un sentiment de vide ou un mental obstiné par des idées fixes. Nous sommes des êtres spirituels animés par une flamme qui n’aspire qu’à s’embraser. Et cela ne se fait pas sans le corps.

J’ai fait l’erreur de passer des années à négliger toute une dimension de mon hygiène de vie, en me laissant aller dans des rythmes chaotiques avec grasses matinées à répétition, manque d’activité physique, trop d’écrans.

Naturellement, sans une structure énergétique forte, j’offrais un terrain propice à la dépression. « Un esprit sain dans un corps sain », c’est bien connu. J’entretiens et renforce mon corps par la volonté et la discipline de l’esprit. Et je soutiens mon esprit par un corps vivant, dynamique et sain.

Depuis que j’ai arrêté de me leurrer et de prendre ma sensibilité comme excuse, j’ai pu voir combien cela a impacté positivement ma vie. J’ai gagné en stabilité, en résilience et en énergie. Surtout, j’ai pu constater que mes excuses pour ne pas me bouger les fesses étaient presque toujours… des excuses. C’est une vraie initiation : vous réalisez que ce qui vous semblait insurmontable ne l’est pas. Si vous vous réveillez un matin, accablé et fatigué, mais qu’en regardant le réveil vous réalisez soudainement que vous êtes en retard pour prendre un train, vous vous lèverez d’un bond sans discuter, ni une ni deux ! Le problème c’est qu’on attend toujours une bonne raison extérieure de se mettre en mouvement.

Ce point est essentiel car il comporte tellement de bon sens qu’on l’oublie trop souvent. Ressaisis-toi, discipline-toi ! Non pas en t’agitant mais en te redressant depuis l’intérieur. Un esprit éteint et un corps laissé pour compte nous rendent plus perméables et fragiles face à notre environnement intérieur et extérieur. Il nous appartient de renforcer les structures de notre être.

Cela passe par une bonne hygiène de vie. Sommeil, alimentation, activité physique, contact avec la nature, ne serait-ce déjà qu’ouvrir sa poitrine et respirer librement et pleinement… Il ne s’agit pas de se forcer à paraître autrement ou à se sentir autrement, mais à envoyer des signaux clairs à la Vie que nous sommes désireux de prendre soin de soi et de rester éveillé. Les Lois de l’Univers répondent à votre façon d’être au monde et vous renvoient l’effet de votre propre attitude. Soyez de bonne volonté, montrez-vous vivant, volontaire et ouvert aux potentialités de la Vie.

Ne négligez pas le pouvoir des rituels quotidiens. Ils sont essentiels pour créer de nouvelles habitudes et stabiliser des états positifs dans votre vie. Pratiquer un yoga matinal, courir dans la nature, dédier un temps à l’intériorisation, écrire dans un journal intime, écouter une musique inspirante, poser une intention pour la journée… Les idées ne manquent pas. L’important est que ce que vous choisissez de mettre en place vous corresponde, ait du sens pour vous et soit réalisable. N’en faites pas trop, vous vous décourageriez bien vite. Allez-y progressivement, mais sûrement.

Conclusion

La dépression traduit souvent l’impression de se sentir bloqué, sans perspectives, ne sachant plus quoi penser ou comment agir. Nous vivons une époque où nous sommes soumis à une exigence spirituelle. Pour beaucoup d’entre nous, qu’on le veuille ou non, nous ne pouvons plus vivre de façon incohérente et décalée, et nous ne pouvons plus continuer à nous bercer d’illusions sur ce que nous sommes et ce que la Vie attend de nous.

On dit que la dépression est le mal du siècle. Avant de la considérer comme un mal, sachons la reconnaître comme une initiation. Lorsque nous considérons les épreuves et nos difficultés de cette façon, il devient évident qu’elles nous enseignent quelque chose que nous étions incapables de voir autrement. Dans mon expérience, la dépression, par la nature de ses symptômes, véhicule surtout un appel à ralentir, à revenir à soi, à écouter et à s’abandonner humblement à la Sagesse Supérieure. Plus je vais entrer en moi-même, pour ressentir et écouter ce que le mouvement de la Vie veut me dire, moins je vais rester dans un état d’errance et d’impuissance.

C’est pourquoi il semble essentiel dans les moments les plus difficiles de prendre autant que possible de vrais rendez-vous avec soi-même, ne serait-ce que pour considérer et appréhender différemment les états d’être qui accompagnent la dépression.

  • Un sentiment de vide intérieur ? Et si je me déposais dans ce vide ?
  • Et si je n’essayais plus de combler ce « rien » ? Si j’acceptais le silence ?
  • Suis-je en train de vouloir accélérer un processus, de vouloir forcer quelque chose ?

La dépression ressemble à un hiver qu’on refuse de vivre. On ne peut pas passer de l’automne au printemps. L’hiver ne peut être précipité, il doit être vécu, pleinement. Refuser de vivre et ressentir l’hiver ne fait que repousser le printemps en le rendant plus persistant. Si vous espérez un printemps, acceptez pleinement votre hiver et vivez-le avec curiosité et ouverture. Laissez-le vous traverser et vous enseigner. Et si vous avez peur de craindre le noir et le froid, alors sortez la nuit, sortez vraiment de chez vous, et observez, écoutez, ressentez, laissez-vous imprégner.

  • Se pourrait-il que la dépression nettoie et prépare le terrain pour que du nouveau puisse germer dans votre existence ?
  • Se pourrait-il qu’elle vous ouvre à de nouvelles perceptions qui ne peuvent émerger que dans l’obscurité de la « nuit de l’âme » ?

Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été."

Méditez, priez, écrivez, écoutez de la musique qui résonne avec votre état, prenez soin de votre corps. Faites des tâches simples comme ranger, nettoyer. Et conjointement, sortez, bougez, mettez-vous en mouvement, pour délier les idées fixes, respirer du neuf, partir plusieurs jours peut-être, changer d’air.

Enfin, ne restez pas seul. Ouvrez votre cœur aux êtres de confiance, et ouvrez votre cœur aux aides de la Lumière. Vous n’êtes pas isolés, loin de là. Des balises lumineuses parsèment votre chemin. Même dans le plus épais brouillard, il y en a toujours au moins une qui reste visible de sorte que vous êtes toujours guidé. Simplement dans le brouillard, inutile d’espérer voir au loin. On ne voit qu’au plus proche de soi, un pas à la fois.

Partager :

Facebook
Twitter
Pinterest
LinkedIn

1 réflexion sur “La dépression a t-elle un sens ?”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Autres publications
Retour en haut