Vers la sobriété heureuse

« Que dire de ces peuples qui, malgré l’abondance, restent modérés ? Le peuple sioux, que j’affectionne particulièrement sans savoir vraiment pourquoi, lors des grandes chasses de buffles abondants, ou même surabondants, n’en prélevait que le nombre qui leur permettait de vivre. »

« Vers la sobriété heureuse » est un des livres bien connus de Pierre Rabhi.
Il y partage sa réflexion sur une évidence qui s’impose : seul le choix de la modération de nos besoins et désirs permettra de rompre avec la logique destructrice d’une mondialisation prédatrice. Il témoigne en particulier de son attachement à la terre mère nourricière, qui depuis la révolution industrielle « ne doit plus produire de la nourriture, mais cracher de l’argent. »

Pierre Rabhi dresse d’abord le bilan, et condamne la logique d’un système défaillant :

« Il serait injuste et absurde de nier certaines avancées de la modernité dans les domaines politique, technologique, médical etc. Mais les acquis positifs, au lieu de venir enrichir les acquis antérieurs, en ont fait table rase, comme si le génie de l’humanité n’avait été avant nous qu’obscurantisme, ignorance et superstition. C’est à cette arrogance totalitaire que nous devons l’uniformisation et la standardisation du monde d’un pôle à l’autre. »

« La modernité dans son principe premier et ses intentions originelles, aurait pu, en s’appuyant sur la révolution industrielle, être une chance pour l’humanité. Mais elle a commis une erreur fatale, dont nous commençons seulement à mesurer les conséquences désastreuses avec la grande crise d’aujourd’hui : elle a subordonné le destin collectif, la beauté et la noblesse de la planète Terre dans sa globalité à la vulgarité de la finance. Dès lors, le sort en a été jeté. Tout ce qui n’a pas un prix n’a pas de valeur. »

« Le fameux pouvoir d’achat aurait-il une signification hors de la logique en vigueur, qui ravale le citoyen au rang de vulgaire consommateur ? Un éventuel manque de ferveur à consommer ne peut en toute logique que lui être préjudiciable. Consommer, au risque de toutes les obésités physiques et psychiques, est de fait une sorte de devoir civique, reposant sur une manière d’ascèse inversée, ou insatiabilité et insatisfaction alternées constituent les deux mamelles de l’économie. »

« Trêve d’hypocrisie : ce que tout le monde appelle ‘éducation’ est une machine à fabriquer des soldats de la pseudo-économie, et non de futurs êtres humains accomplis, capables de penser, de critiquer, de créer, de maîtriser et de gérer leurs émotions, ainsi que de ce que nous appelons spiritualité; ‘éduquer’ peut alors se résumer à déformer pour formater et rendre conforme. »

Pour l’auteur c’est dans le silence et l’humilité qu’émerge la conscience d’un nécessaire changement, que la conscience de la sobriété s’éveille :

« Lorsque la pensée prend conscience de ses limites, silencieuse, elle nous conduit jusqu’aux rivages de l’inconnu. Elle s’apaise alors, découvre la sobriété, et nous introduit à une contemplation dénuée de tout questionnement sans objet, de toute attente ou ambition, qui ouvre notre être profond à ce qui n’est réductible à aucun langage. »

« La vérité n’est pas à débusquer quelque part. Aucune philosophie, aucun dogme ou précepte, aucune idéologie ne peut la capturer, encore moins la mettre en cage. Elle ne se révèle que lorsque nous cessons de spéculer et de nous tourmenter. Nous ne pouvons en être visités que dans l’immobilité et le silence. Et dans cet état, il n’y a place pour aucun point de vue, aucune opinion à propos de ce sur quoi il n’y a rien à dire. La vérité semble préexister à tout ce qui existe. »

Le livre présente finalement plusieurs applications concrètes de transitions autour notamment de programmes nationaux et internationaux sur l’agroécologie et l’éducation des enfants. Car c’est bien ici que tout commence ! « Il ne suffit pas de se demander : ‘Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ?’ ; il faut également se poser la question : ‘Quels enfants laisserons-nous à la planète ?’ »

Bref, un livre qui éveille les consciences sur le nécessaire changement de paradigme qui appelle chacun d’entre nous.

Partager :

Facebook
Twitter
Pinterest
LinkedIn

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Autres publications
Retour en haut